Je partage le sens de cette contribution*. Elle a le mérite de remettre au centre du débat ce qui devrait être l'obsession de toute la gauche : empêcher l'extrême droite d'accéder au pouvoir et reconstruire un véritable rassemblement populaire. Sur ce point, difficile de faire plus urgent. Le fascisme ne sonne pas à la porte pour demander poliment s'il peut entrer : il a déjà la clé.
Je me réjouis également de lire noir sur blanc qu'il faut cesser d'entretenir les prétendues « deux gauches irréconciliables » et qu'il est nécessaire de renouer le dialogue avec La France insoumise. C'est une évidence politique que beaucoup ont trop longtemps traitée comme une hérésie. On ne construit pas une majorité populaire en passant son temps à dresser des clôtures entre celles et ceux qui veulent transformer la société.
Le texte rappelle avec justesse les dangers d'une victoire du RN : régression démocratique, remise en cause des droits sociaux, attaques contre les femmes, refus d’engager la bifurcation écologique dont le pays a besoin face au dérèglement climatique, racisme d'État, destruction des libertés publiques et poursuite des politiques favorisant les plus riches. Oui, le danger est réel. Oui, le fascisme est plus proche qu'on ne voudrait le croire. Mais oui aussi, il est possible de le battre, à condition d'arrêter de confondre stratégie et concours de témoignages.
Pour autant, deux absences me semblent particulièrement regrettables.
La première est de taille. Vous appelez à faire gagner la gauche, mais faire gagner la gauche... avec qui ? Ou plutôt autour de quelle candidature capable d'y parvenir ?
Il manque quelques lignes qui diraient clairement ce que beaucoup pensent tout bas : soutenir dès maintenant la seule candidature aujourd'hui en mesure de porter une véritable rupture avec le système capitaliste, de rassembler le peuple de gauche et de qualifier la gauche au second tour de l'élection présidentielle. Cette candidature existe : c'est celle de Jean-Luc Mélenchon.
On peut tourner autour du pot autant qu'on veut ; à force, le pot finit surtout par être vide. Les rapports de force existent. Les résultats électoraux aussi. Faire comme si la question du candidat pouvait être renvoyée à plus tard, c'est prendre le risque qu'elle soit finalement tranchée... par les électeurs de Marine Le Pen.
Si nous voulons réellement battre l'extrême droite, il faut avoir le courage de dire qui peut la battre. Ce n'est pas manquer de respect aux autres forces de gauche que de reconnaître une réalité politique ; c'est simplement regarder les faits en face.
Le second point concerne la proposition de créer des coordinations antifascistes départementales.
L'idée de coordonner les énergies est excellente. En revanche, faut-il vraiment créer une structure supplémentaire alors que chaque organisation dispose déjà de ses cellules, sections, groupes d'action, collectifs, syndicats, associations et réseaux militants ? La gauche souffre parfois d'un excès d'organigrammes : nous savons créer une réunion pour préparer une réunion qui préparera la réunion suivante... mais les électeurs, eux, attendent surtout qu'on vienne les rencontrer et que l’on décide d’initiatives avec eux.
L'essentiel est moins d'inventer une nouvelle étiquette que d'organiser partout un travail militant commun : aller dans les quartiers populaires, sur les marchés, devant les entreprises, dans les villages, convaincre les abstentionnistes, écouter les colères, répondre aux mensonges de l'extrême droite et redonner confiance dans une alternative de gauche. Le porte-à-porte convainc souvent davantage qu'un énième comité de pilotage.
Enfin, lorsque le texte propose de s'engager dès maintenant dans la bataille contre le fascisme, je ne peux qu'approuver. Mais reconnaissons aussi une évidence : La France insoumise n'a pas attendu cet appel. Depuis des années, elle combat l'extrême droite, déconstruit son discours, dénonce les politiques libérales qui nourrissent sa progression et affronte sans relâche les idées réactionnaires.
Personne ne peut prétendre découvrir aujourd'hui l'urgence antifasciste comme on découvre une nouvelle application sur son téléphone.
Rien n'est joué, effectivement. Mais c'est précisément parce que rien n'est joué qu'il faut faire preuve de clarté et de courage politique. Le rassemblement ne se décrète pas ; il se construit autour d'une stratégie crédible, d'un programme de rupture et d'une candidature capable d'emporter la victoire.
Si vous voulez sincèrement empêcher l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir, alors assumez jusqu'au bout la logique de votre texte : appelez clairement au soutien de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. C'est aujourd'hui la candidature la mieux placée pour rassembler la gauche de transformation, porter une rupture avec le capitalisme et ouvrir une véritable perspective de victoire populaire en 2027.
(*Communistes, engageons-nous pour faire gagner la gauche, Alternative communiste)