Le 7 juillet, devant plusieurs familles endeuillées qui luttent pour la justice, l’assemblée nationale a voté la proposition de loi de « présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ».
Considérons ce symbole à la hauteur de ce qu’il est. Selon des enjeux de définition, on peut se demander quand commence le fascisme : traversons-nous une période de fascisation ou y sommes-nous déjà ? Une chose est sûre, ce 7 juillet, nous avons encore passé un cran, qu’on y aille ou qu’on y soit déjà. Plus de 300 élus, des macronistes à l’extrême droite, main dans la main, appuient en même temps sur la détente en regardant droit dans les yeux ces familles qui ne reverront jamais un de leurs proches. Ce symbole devrait nous alarmer au plus haut degré, c’est celui de ce système toujours plus pourrissant, empêtré dans son racisme, dans ses mesures toujours plus autoritaires, qui réhabilite une nouvelle peine de mort pour protéger son fonctionnement vacillant et sa bourgeoisie. Parce qu’à la fin, c’est de cela qu’il s’agit.
Considérons aussi cette loi pour ce qu’elle est vraiment. Une étape extrêmement grave dans le renforcement d’un permis de tuer donné à la police, c’est la continuité de la loi Cazeneuve, du nom de l’ancien premier ministre socialiste sous le mandat Hollande. En clair, avec cette loi, désormais tout tir d’un policier ou d’un gendarme sera présumé légal. Ce ne sera plus à l’État de prouver son extrême nécessité, mais plutôt aux familles endeuillées d’apporter la preuve d’un usage disproportionné et illégitime, ce qui passera sous silence encore davantage de crimes et compliquera considérablement les moyens d’obtenir justice. C’est un renversement assassin de la charge de la preuve qui entraînera des conséquences indéniablement prévisibles. Cette loi fera exploser le nombre de crimes policiers en galvanisant un sentiment d’impunité totale, tout particulièrement envers les cibles privilégiées des forces de l’ordre.
Rappelons ici que : un jeune « perçu comme noir ou arabe » a 20 fois plus de risques d’être contrôlé par la police. Avec l’assouplissement des conditions pour l’usage de leurs armes déjà en place, les tirs mortels de policiers sur des véhicules ont été multipliés par 5. « La France a été interpellée à trois reprises par les organes de l'ONU comme le pays de l'Union Européenne comptant le plus grand nombre de personnes tuées ou blessées par des agents de la force publique. » Elle a été dénoncée par le conseil des droits de l’Homme des Nations unies pour son « recours excessif à la force ». Cette nouvelle loi représente aussi « une violation caractérisée de la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l'Homme et de l'obligation de l'État de protéger le droit à la vie » qui impose « à l'État une présomption de responsabilité lorsqu'une personne décède aux mains de ses agents. »
Nous connaissons les dérives racistes et fascistes de l’institution telle qu’elle est aujourd’hui, plus particulièrement au service de cette oligarchie. Et leurs justifications ne tiennent pas une seconde. Nous avons vu Nahel mourir, nous avons vu les tabassages gratuits des jeunes dans nos quartiers, nous avons vu la haine des policiers dans la répression à Sainte Soline. Nous avertissons, qu’en sera-t-il quand ils seront pleinement conscients d’être jugé innocents d’office ? Avec toutes les nouvelles entraves à obtenir justice pour ces familles, nous pouvons anticiper ce que cette loi permet comme dérives. Encore une fois, qu’en sera-t-il lors des des révoltes légitimes en Kanaky ? Lors des révoltes urbaines ? Lorsque des agents de la BAC ou la BRAV-M se sauront hors du champ des caméras ?
Nous refusons que l’État protège sa police davantage que ses citoyens et nous dénonçons la démultiplication de mesures autoritaires et violentes. Nous devons prendre la mesure de ce qui est en train de se jouer. Une mobilisation populaire puissante est nécessaire, il est impératif d’utiliser tous les moyens à notre disposition pour ne pas laisser passer un tel renoncement.
Lien vers la pétition "Contre la présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre" https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-6334