Rendre visible ce qui est nié
Le film Soulèvements met des visages, des trajectoires, des mots sur ce que les médias dominants s’acharnent à caricaturer : une jeunesse engagée, lucide, organisée, qui refuse la destruction du vivant, l’accaparement des terres et de l’eau.
À travers ces récits, une évidence s’impose : l’écologie n’est pas une question abstraite ou morale. Elle est profondément politique. Et plus encore, elle est une question de classe.
Un système qui organise la destruction
La destruction du vivant n’est pas une dérive : elle est une conséquence directe du capitalisme.
Ce système repose sur une logique destructrice : produire toujours plus, exploiter toujours davantage, accumuler du profit, quel qu’en soit le coût humain ou écologique. Peu à peu, les terres, l’eau, les forêts, les montagnes cessent d’être des biens communs pour devenir des ressources à rentabiliser.
Les méga-bassines, comme à Sainte-Soline, en sont une illustration frappante. Accaparement de l’eau, artificialisation des sols, soutien à une agriculture intensive au profit de l’agro-industrie : tout est bon pour maintenir un modèle productiviste à bout de souffle.
Dans le même temps, les petits agriculteurs voient leurs usages restreints, leurs revenus s’effondrer, et leurs conditions de vie se dégrader. Le modèle agricole actuel détruit l’emploi, les petites fermes les unes après les autres et transforme les paysans en exploitants exploités.
La violence de la société bourgeoise
Mais ce que montre aussi le film, c’est la violence. Non pas celle que l’on attribue aux militants, mais celle de l’État.
Lors de la manifestation pacifique de Sainte-Soline, un déploiement policier démesuré est mis en place, des milliers de grenades sont tirées, les manifestants sont mutilés et un territoire est transformé en zone de guerre. Cette répression n’a qu’un but : protéger un ordre économique.
Dans ce contexte, les militants ont été qualifiés d’« écoterroristes ». Ce n’est pas seulement absurde, c’est profondément dangereux. Cette rhétorique sert à délégitimer des luttes qui dérangent, à criminaliser la contestation et à justifier la répression, empêchant ainsi toute remise en cause du système.
À cela s’ajoute le rôle des médias dominants, largement contrôlés par des intérêts privés de milliardaires comme ceux de Vincent Bolloré. En invisibilisant les luttes, en caricaturant les militants, ils participent activement à la légitimation de cette violence.
Des luttes ancrées dans le réel
Pourtant, contrairement aux discours dominants, ces mouvements écologistes sont profondément ancrés dans le réel.
Ils rassemblent paysans, jeunes, syndicalistes, militants politiques. Ils sont intergénérationnels, solidaires, et porteurs d’alternatives concrètes : agriculture paysanne, coopératives, défense des terres, réappropriation des biens communs.
De Sainte-Soline à l’A69, ces luttes ne relèvent pas du caprice militant. Ce sont des luttes de survie. Les grands projets inutiles qu’elles combattent incarnent une fuite en avant : artificialisation des terres, destruction d’écosystèmes, au nom d’un développement économique qui ne profite qu’à une minorité.
Pendant que les multinationales accumulent les profits, les paysans disparaissent, les campagnes se désertifient, et les travailleurs peinent à vivre dignement. Le modèle productiviste détruit à la fois la terre et ceux qui la travaillent.
La souveraineté populaire est bafouée
Dans le même temps, le pouvoir tente d’imposer un « cadre de la revendication », c’est-à-dire une forme de contestation acceptable, contrôlée, inoffensive.
Mais lorsque les voies institutionnelles sont vidées de leur sens, que reste-t-il ?
La Convention citoyenne pour le climat avait pourtant ouvert une voie démocratique nouvelle. Pour une fois, des citoyens tirés au sort proposaient des mesures ambitieuses, soutenues par une large majorité. Pourtant, ces propositions ont été largement vidées de leur substance.
Ce renoncement du gouvernement envoie un message clair : même lorsque le peuple s’exprime, il n’est pas écouté dès lors que cela menace les intérêts économiques dominants.
De la désobéissance à la reconstruction
Dans ce contexte, la désobéissance civile ne relève plus d’un choix par défaut : elle devient une nécessité pour les militants.
Lorsque tous les moyens légaux ont été épuisés, lorsque les institutions trahissent leur mission, il devient légitime d’agir autrement.
Mais ces luttes ne se limitent pas à la résistance. Elles sont aussi des espaces de reconstruction. Elles s’organisent autour du collectif, de l’entraide et de la défense des biens communs.
Elles proposent déjà un autre modèle : des fermes à taille humaine, une agriculture non productiviste, des coopératives, une réappropriation des terres, une sécurité sociale de l’alimentation.
Elles recréent du lien, redonnent du sens et transforment l’éco-anxiété en puissance d’agir.
Défendre le vivant, changer la société
Aujourd’hui, les véritables destructeurs du vivant ne sont pas ceux qui occupent des terres ou démontent des infrastructures nuisibles. Ce sont les acteurs de l’agro-industrie, de la finance et de la bétonisation, soutenus par un système politique et médiatique complice.
L’enjeu dépasse donc l’écologie. Il s’agit de défendre un modèle de société.
Défendre la paysannerie, la biodiversité et les territoires, c’est défendre le droit de vivre dignement, aujourd’hui comme demain.
Car ce que nous transmettrons aux générations futures dépend des choix que nous faisons maintenant. La destruction des écosystèmes est irréversible.
Une autre voie
Alors oui, il est temps de redonner la parole au peuple. Il est temps de sortir d’un système qui détruit le vivant pour enrichir une minorité.
Une autre voie émerge déjà : une écologie populaire, ancrée dans les luttes, qui refuse les compromis avec un système mortifère. Une écologie qui ne sépare pas la défense du vivant de la justice sociale.