Le 7 avril 2926, Francis Parny a rencontré Bally Bagayoko maire de Saint-Denis-Pierrefitte, en présence de Silvia Capanema, adjointe au maire et de Bérenger Cernon, député de l'Essonne.
Retrouvez cet entretien sur la chaine YouTube des Insoumis communistes :
Francis Parny : D'abord, félicitations, parce que je pense que tu portes les espoirs de toute une série de gens qui, en gros, veulent faire la révolution et que la façon dont tu as gagné Saint-Denis, ça le permet. Tu as dit d'ailleurs à propos de la ville de La Courneuve et de Saint-Denis que c'était une victoire communiste. Qu'est-ce que tu entends par là ?
Bally Bagayoko : C'est une victoire communiste parce que je suis un enfant du communisme local, donc Saint-Denis, comme Pierrefitte d'ailleurs. J'ai appris la politique aussi avec ce milieu-là et j'ai su, me semble-t-il, à la fois me nourrir de mon histoire communiste sans jamais avoir été membre du Parti communiste français, tout en liant aussi la dynamique qui était engagée autour de la France insoumise et en assumant ce que je suis, c'est-à-dire un enfant des quartiers populaires. Et donc, c'est cet équilibre, à mon avis, qui a été un point d'appui pour pouvoir fédérer les gens qui sont mes semblables en humanité et qui sont des gens aussi impliqués dans la ville de Saint-Denis depuis de nombreuses années, de couches sociales complètement différenciées. Et c'est l'ensemble, en fin de compte, de cette synthèse qui nous a permis de bâtir un programme de rupture et qui a fait sens, dans la vie.
Francis Parny : Alors, tu parles des quartiers populaires justement, tu as été un des insoumis qui en 2020 présentait une liste. Tu avais fait 18%, aujourd'hui 50%. Qu’est ce qui a bougé dans les quartiers populaires et dans leurs relations aux autres quartiers de la ville ?
Bally Bagayoko : Ce qui a beaucoup bougé c'est qu’en 2018, on a eu un croche-patte mais on n’est pas tombé, puisqu'on est resté debout. Et on a surtout travaillé pendant les 5, 6 ans à faire déjà un bilan de cette première présentation aux élections municipales en regardant, finalement, comment la société locale a évolué, en intégrant Pierrefitte avec la sociologie des différents quartiers qui avaient bougé, avec les programmes ORU* qui ont été démolis, avec des populations qui ont été déplacées, des nouvelles personnes qui sont arrivées. Donc, c'est l'ensemble de cette analyse qui a été faite pendant quasiment les 5 ans. C’est ce qui nous a permis ensuite de pouvoir bâtir une stratégie avec l'ensemble de mes équipes, de reconquête en fin de compte, de l'ensemble des différents quartiers, sans exclusion en fait. C'est-à-dire considérer que celles et ceux qui venaient d'arriver sur Saint-Denis et Pierrefitte étaient des habitants en train de partager notre communauté de destin et tout en ne niant pas l'existence des gens des quartiers populaires. Donc, il faut rassembler et c’est ce travail-là qui a été fait. Avec bien sûr une stratégie assumée, qui était de nationaliser aussi la campagne pour garder une cohérence parfaite entre l'ambition que nous avions à l'échelle locale et bien sûr ce qui était défendu par la France insoumise, entre autres, au niveau national.
Francis Parny : Tu es victime bien sûr, d'attaques racistes, absolument odieuses. Donc tu as toute notre solidarité et tu as organisé une grande manifestation samedi. J'ai entendu certains propos au sujet de cette manifestation qui disaient : il aurait fallu rester sur le racisme. Et je pense que toi tu as une autre réponse que cette réponse-là.
Bally Bagayoko : Très clairement, oui. Le racisme malheureusement n’existe pas uniquement avec les attaques dont j'ai été victime, parce que bien d'autres élus, et moins élus d'ailleurs, ont été victimes de cela. Mais le racisme est un élément marqueur de la séquence qui était la mienne et qui continue de l'être puisque c'est un combat antiraciste, antifasciste, qu'il faut assumer en tant que tel. Mais en même temps, nous disons bien que la question du racisme se loge aussi dans un certain nombre de politiques publiques qui sont menées, y compris des décisions au niveau national qui sont portées, y compris de la manière dont on gère la question du capitalisme en tant que tel qui vient fracturer la société. Et le racisme vient se loger dans ça. C'est la raison pour laquelle je considère qu’attaquer la question du racisme, c'est aussi attaquer la question du capitalisme, c'est attaquer aussi la question du fascisme et c'est assumer, en fin de compte, la République telle qu'elle est : liberté, égalité, fraternité. Parce que nous sommes tous les enfants de la République.
Francis Parny : Merci beaucoup. Comme dit Mère Courage dans la pièce de Brecht, on continue.
* ORU : Opération de Renouvellement Urbain