PETROLE, INDÉPENDANCE NATIONALE ET INTERVENTION POPULAIRE
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Par Jean-Christophe TALIBART photo de profil Jean-Christophe TALIBART
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PETROLE, INDÉPENDANCE NATIONALE ET INTERVENTION POPULAIRE

Produire ce qu'on a décidé ensemble suppose des outils industriels reconstruits, des salariés formés, des réseaux déployés. Mais sans matières premières, l'équation s'effondre. Choisir nos dépendances en ressources et résister à leur interruption est le pilier de notre souveraineté démocratique

Le texte ci-dessous souhaite être un apport aux propositions et à la réflexion engagées par les insoumis communistes, notamment avec le livret « Contribution des insoumis.es communistes à la victoire populaire »*, dans le cadre de la campagne pour les élections présidentielles de 2027.

Il s'inscrit fondamentalement dans la démarche initiée avec ce livret et particulièrement celle exposée dans l'article de Christian Desbois intitulé "Nationalisations d'un autre type"


La guerre illégale déclenchée par les USA contre l'Iran aura au moins eu un mérite, celui de mettre en évidence de façon éclatante notre dépendance absolue vis à vis du pétrole et l'importance des questions internationales et géostratégiques pour notre économie, pour l'écologie et de leurs conséquences sociales.

Certes, si pour beaucoup le poids du pétrole dans notre vie quotidienne pouvait sembler être une évidence, l'impact quasi-immédiat de la situation dans le détroit d'Ormuz sur nos vies a constitué  un électro-choc pour une grande partie de la population : nous ne sommes indépendants ni pour l'approvisionnement en carburant, ni énergétiquement (en dépit de la propagande dominante sur la soi-disant indépendance que nous procurerait l'énergie nucléaire) et nous, le peuple, le payons cher, très cher, quand d'autres profitent depuis des années de cette situation.

Néanmoins il est une question que cette crise aurait dû mettre en évidence, mais qui est passablement sous-estimée, si ce n'est occultée ou complètement ignorée par l’ensemble des forces réactionnaires de ce pays et leurs relais dans les médias Main-Stream, c'est la question de l'indépendance de nos approvisionnements pour nos matières premières.

C'est une question dont, de mon point de vue, nous devons nous emparer avec d'autant plus de force qu'elle est primordiale pour notre projet de planification écologique, de reconquête de notre indépendance industrielle et du pouvoir réel d'intervention et de décision des travailleurs et de la population dans la gestion des entreprises et dans l'ensemble des choix et orientations pris par notre pays.

Pour le dire autrement : Comment produire ce que nous avons décidé ensemble de produire pour satisfaire nos besoins, en ayant reconstruit nos outils industriels, formé les salariés à ces outils, mis en place les réseaux, nécessaire, etc., si les matières premières nécessaires ne sont pas là.

Par exemple : comment faire un vêtement si nous n'avons ni coton, ni laine, ni matériaux synthétiques disponibles en quantité suffisante ?

 Cette question qui ne concerne bien évidemment pas que le pétrole est devant nous :  la réussite de notre projet de changement de société nécessite de la traiter.

ET DONC, QUID DU PÉTROLE ?

Dans mes jeunes années, l'un de mes professeurs de chimie répétait fréquemment qu'il considérait que brûler du pétrole était une hérésie, que ce soit pour faire fonctionner une voiture ou pour produire de l'électricité dans une centrale thermique.

Il s’agissait par-là de mettre en évidence que le pétrole et la pétrochimie sont et demeurent à ce jour la première source de matières premières à partir desquelles les industries fabriquent des objets que nous utilisons tous aujourd'hui : médicaments, produits d'hygiène, cosmétiques, détergents, plastiques, caoutchoucs, peintures, vernis, encres, colles, textiles synthétiques, engrais et pesticides ; tous ces produits qu'ils soient pour certains indispensables, pour d'autres un peu moins, et pour d'autres encore, carrément nuisibles, sont présents de facto dans notre quotidien.

A cela s'ajoute que la pétrochimie fournit aussi les solvants et réactifs nécessaires à la fabrication d'autres produits : par exemple les différents procédés de fabrication de la viscose, produit d'origine végétale (donc « naturel »), utilisent des solvants et/ou réactifs issus de la pétrochimie ou du gaz naturel (ce qui ne vaut guère mieux du point de vue écologique et de notre indépendance).

D'une façon générale, si la dépendance vis à vis des matières premières est un sujet qui deviendra crucial pour un gouvernement de gauche souhaitant rompre avec le capitalisme et engager la planification écologique, les exemples mentionnés ci-dessus montrent par ailleurs que le pétrole intervient d'une façon primordiale dans la fabrication de la plupart des objets que nous utilisons et qu'il mérite donc sur ce plan-là une attention particulière de notre part.

Et donc, si la sortie de la dépendance vis à vis des énergies carbonées (gaz, pétrole et dans une moindre mesure aujourd'hui charbon) est indispensable (cette idée est de plus en plus, peu ou prou, acceptée, au moins formellement, en apparence, par beaucoup), le pétrole étant aujourd'hui une source essentielle de nos matières premières il faut aussi sortir le plus possible de sa dépendance dans ce domaine.

Ce sera compliqué, peut-être parfois impossible pour certains produits, et en tout état de cause cela demandera du temps :

 –      le temps nécessaire pour trouver et utiliser des matières premières alternatives (ce en quantité suffisante) et se passer de celles du pétrole : par exemple remplacer des emballages plastiques par des emballages avec matériaux d'origine végétale et mettre en place les méthodes de production nécessaires à leur obtention et à leur transformation,

 –      Le temps nécessaire pour la mise en place et l'organisation à grande échelle des circuits et procédés nécessaires à l'économie circulaire,

 –      le temps nécessaire pour la recherche et le développement de procédés permettant de fabriquer des matières premières sans utiliser la pétrochimie : par exemple l'obtention de certains principes actifs pharmaceutiques par les biotechnologies.

 –      le temps nécessaire pour convaincre et décider de se passer de produits inutiles ou dont le coût écologique, social et en termes d'indépendance est trop fort, voire nuisibles : évidemment on pense tout de suite aux pesticides et à la loi Duplomb, mais aussi à la é-nième version de smart ou iPhone, à certains objets en plastique, etc....

 –      le temps nécessaire pour former les travailleurs aux modifications des procédés, aux nouvelles technologies, etc. Le temps nécessaire aux reconversions professionnelles.

En tout état de cause, dans le cadre de la planification écologique, il sera intéressant d’établir une hiérarchie sectorielle : les usages essentiels difficilement substituables (certains médicaments, dispositifs médicaux, matériaux techniques), les usages importants mais transformables (peintures, colles, isolation, textiles), les usages évitables (emballages jetables, objets publicitaires, sur-conditionnement…) et les usages nuisibles à supprimer (certains pesticides et plastiques à risque).

Cette hiérarchie rend concrète la formule « réserver le pétrole aux usages indispensables ».

Dans le passé, et encore aujourd’hui, la nécessité de sortir de la dépendance du pétrole et de le préserver pour le réserver à la production de matières premières a conduit certains à penser qu'il fallait développer d'autres sources d'énergies : énergies renouvelables mais aussi nucléaire.

Aujourd'hui, la question de la sortie de la dépendance énergétique vis à vis du pétrole relance cette argumentation en faveur du nucléaire.

Outre le fait qu'elle sous-estime les dangers de l'énergie nucléaire (dangers immédiats en cas d'incident ou de conflit et dangers à plus long terme liés au stockage des déchets), dangers qui risquent de s'aggraver avec le dérèglement climatique, cette argumentation semble elle aussi ignorer la question de l'indépendance vis à vis de la fourniture de matières premières: en 2023, nous dépendions pour 85 % de 3 pays pour la fourniture de notre uranium naturel : le Kazakhstan, la Namibie et le Niger (source : Connaissance des Energies, d'après la Direction Générale des Douanes et Droits Indirects)

On peut noter que la même « ignorance » prévaut pour le passage aux véhicules électriques pour lesquels l'approvisionnement en matières premières ou composants est relativement peu questionné par les dominants.

L'ENJEU

Notre projet de transformation de notre société, de sortie du capitalisme en mettant en œuvre le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses, est ambitieux.

Notre ambition devient aujourd'hui réalisable en France grâce à un mouvement politique suffisamment puissant pour que soit envisagée l'accession au pouvoir d'une gauche de rupture avec le capitalisme.

Cela se passe dans la 11ème puissance économique mondiale, la 2ème économie de l'UE, dans un pays membre permanent du conseil de sécurité, membre de l'OTAN et dont la langue est en partage avec près de 400 millions d'habitants (dont 65 % d'africains).

Contre le changement de paradigme que nous préparons, il est à peu près certain que le capital, l'impérialisme, notamment celui des USA, mais pas seulement, avec l'appui des forces réactionnaires de notre pays et de celles de l'UE ne nous laisseront pas développer notre politique tranquillement.

La tentative d'asphyxie économique tant de fois utilisée contre des pays tentant de s'affranchir, d'une façon ou d'une autre, de la domination impérialiste sera, soyons-en convaincus, l'une des armes essentielles de nos adversaires. La fragilité actuelle de notre industrie et notre situation de dépendance y jouera très certainement un rôle important.

Une grande bataille politique nous attend pour prendre le pouvoir et le rendre à notre peuple, et pour arriver à l'exercer et le garder : il faut donc s'y préparer.

QUE FAIRE ?

Il faut dire explicitement que la souveraineté n'est pas l'autarcie, mais la capacité démocratique à choisir ses dépendances et à résister à leur interruption.

1)    Développer et expliquer notre politique internationale : altermondialisme et multilatéralisme

Compte-tenu de ce qui précède, il est clair que notre dépendance aux matières premières, pétrolières ou non pétrolières, ne disparaîtra pas en quelques jours.

Il est donc primordial de développer des politiques d'échanges et de coopération avec l'ensemble des pays du monde sur des bases respectueuses, équilibrées et qui indépendamment de ce que nous pouvons penser des régimes en place, permettraient une relation mutuellement avantageuse.

Comme ces coopérations ne supposent évidemment pas un alignement politique sur les gouvernements partenaires, ces politiques d'échanges ne pourront évidemment pas se faire à n'importe quel prix : elles devront aussi s'appuyer sur les principes fondamentaux qui guident notre politique étrangère comme le respect des droits humains et du droit international.

Ces accords devront aussi tendre à comporter une rémunération juste des producteurs, des normes sociales et écologiques, ils devront respecter la souveraineté des pays producteurs, permettre la transformation locale d’une partie des matières, les transferts de technologies, la transparence des contrats et, surtout, le refus des rapports néo-coloniaux.  

Cette politique humaniste et altermondialiste, permettra, soyons-en convaincus d'augmenter le respect pour notre pays et loin des politiques impérialistes et néo-colonialistes, contribuera aussi à faciliter les échanges.

Par ailleurs, les contradictions internes au système capitaliste peuvent laisser penser que des échanges resteront possibles avec des multinationales pétrolières ou des états peu enclins à laisser filer le juteux marché que représente la France (certains seront donc ainsi prêts à nous «vendre la corde pour les pendre »)

Quoi qu'il en soit, nous pourrions de cette façon d'une part diversifier autant que possible nos sources d'approvisionnement, sans être complètement entre les mains de telle ou telle puissance politique ou économique et d'autre part permettre à d'autres peuples de bénéficier de nos savoir-faire et connaissances dans les domaines où nous sommes les plus avancés.

On voit par-là que nos principes de politique internationale altermondialiste fondés sur l'indépendance nationale réelle, et parmi lesquels le respect du droit international, des instances de l'ONU et des droits humains sont des éléments structurants, ne sont pas seulement fondés sur des principes moraux et humanistes (bien entendu toujours et plus que jamais nécessaires), mais aussi sur l'intérêt bien compris des peuples, le nôtre inclus.

Dans ce cadre-là, l'action résolue contre la politique impérialiste des USA est fondamentale.

La puissance américaine dispose de plusieurs leviers susceptibles de peser sur l’approvisionnement d’un gouvernement de rupture : rôle du dollar, sanctions extraterritoriales, assurances maritimes, poids de ses entreprises, présence militaire et relations privilégiées avec plusieurs pays producteurs.

En ce qui concerne les pays producteurs de pétrole, après le coup de force au Vénézuéla, la volonté actuelle de main mise politique et économique de Trump sur l'ensemble du Moyen-Orient conduirait, si l'agression illégale contre l'Iran s'avérait être un succès, à la mise sous tutelle ou sous influence américaine directe ou indirecte  d'environ la moitié des productions mondiales de  pétrole brut : bien évidemment celles des USA mais aussi celles  des pays arabes du Moyen-Orient équipés et sous influence des  USA (Arabie Saoudite, Irak, Koweit, Emirats, Qatar, Oman, Bahrein, Egypte, etc...), celles du Vénézuéla et celles de l'Iran si ce dernier pays passait sous domination américaine. Cela, même si des contradictions entre les intérêts des puissances pétrolières du Moyen-Orient et ceux des USA peuvent être réelles.

On voit dès lors de quels moyens de pressions disposerait plus encore l'impérialisme US et ses alliés, notamment européens, contre tout gouvernement qui s'engagerait dans un processus de rupture avec le capitalisme.

Il ne s'agit donc pas ici de je ne sais quelle espèce d'anti-américanisme primaire, ou de soutien à d'autres puissances qui ne nous sont par ailleurs ni proches ni sympathiques (comme le régime iranien), mais bien de cibler les dangers réels que font courir les politiques agressives des gouvernants US à l'ensemble des peuples cherchant à s'émanciper.

Il est donc important au cours de la campagne présidentielle que les insoumis portent partout et avec force nos analyses sur la situation internationale : la compréhension et diffusion de ce qui précède est un enjeu de lutte des classes primordial.

             2)   Nationaliser Total et l'industrie pétrolière et socialiser les moyens de production.

Je ne reviens pas plus en détail sur ce qu'a développé Christian Desbois dans l'article mentionné au début de cette contribution, et dont je partage les analyses.

 Il est bien entendu évident à mes yeux que pour avancer vers la souveraineté de nos approvisionnements en matières premières la nationalisation de Total ainsi que la prise de contrôle public ciblée des infrastructures indispensables des entreprises pétrolières situées en France (raffineries, terminaux, dépôts, pipelines et certaines capacités de recherche), de même que l'instauration d'une nouvelle démocratie citoyenne dans ces entreprises est un point de passage obligé.

C'est aussi ce qui permettra de réorienter les choix stratégiques de ces entreprises et d'aller vers le développement et la planification d'alternatives aux matières premières issues du pétrole.

Il faudra pour cela donner le temps nécessaire à ces développements et à la mise en œuvre de transitions. Ce temps long et nécessaire, le système capitaliste qui pilote les entreprises avec un objectif de profit maximal et immédiat ne le donne pas. Il faut donc les mettre sous contrôle public, collectif et démocratique.

             3)  Elever le niveau de conscience et planifier.

On l'aura compris, même si tout se passe au mieux, la sortie de la dépendance aux matières premières issues du pétrole sera un processus relativement long.

Convaincu que le capital ne restera pas les deux pieds dans le même sabot à regarder les transformations que nous commencerons à mettre en œuvre, je pense qu’il nous faudra apporter des réponses rapides aux interrogations de la population tout en amorçant les changements nécessaires.

Ces réponses seront d'autant plus faciles à apporter si nous avons pu convaincre la population et en premier lieu les producteurs concernés de la nécessité des changements à opérer.

C'est selon moi un des enjeux importants pour la réussite de la planification écologique.

Par exemple, tout en avançant vers la satisfaction des besoins essentiels de la population notamment en matière de logement, de santé, d'éducation, de pouvoir d'achat, etc., il y aura lorsque nous gouvernerons (et il y a dès aujourd'hui) nécessité de convaincre qu'il faut renoncer à certaines productions (et donc à certaines utilisations) afin d’éviter d’utiliser lorsque ce n'est pas nécessaire (voire lorsque c'est nuisible) ce qui nous rend dépendant au pétrole.

Il y aura aussi à convaincre qu'il faut substituer quand c'est possible les produits ayant des matières premières issues du pétrole par d'autres plus écologiques et/ou recyclables.

L'idée à partager est bien de réserver les matières premières d'origine pétrolière à ce qui est le plus important ou à ce qui est indispensable et donc de modifier nos modes de vie en apprenant à renoncer à certaines consommations.

Loin de l'écologie punitive, nous devons faire la démonstration de tout ce que la majorité de la population, à commencer par les plus défavorisés aura à y gagner en termes de qualité de vie et de bonheur. Pour que ça marche, cela doit être accepté et la justice sociale est indispensable.

Cet effort de conviction auprès de la population passe aussi bien évidemment par une élévation du niveau de conscience des militants politiques de gauche, des syndicalistes et des militants associatifs qui seront certainement les premiers impliqués dans les nouvelles pratiques démocratiques et citoyennes que nous mettrons en œuvre dans la cité comme dans l'entreprise.

La compréhension claire des situations auxquelles nous seront confrontés, des enjeux et des choix politiques, écologiques, économiques et sociaux, de la façon d'affronter les problèmes et des transformations à entreprendre sont et seront des conditions pour l'intervention efficace des travailleurs et des citoyens.

Et cette intervention sera elle-même indubitablement nécessaire pour défendre le gouvernement populaire nouvellement en place et pour tenir tête aux menées de l'impérialisme et des réactionnaires de tous poils.

 Gagner la bataille pour l'hégémonie culturelle passe aussi par tout cela.

 

* https://www.insoumiscommunistes.fr/melenchon2027-contribution-des-insoumis-es-communistes-a-la-victoire-populaire/

 

Par Jean-Christophe TALIBART photo de profil Jean-Christophe TALIBART
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