Parlons de la Nouvelle-France
Par Francis PARNY photo de profil Francis PARNY
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Parlons de la Nouvelle-France

La Nouvelle-France c’est la France d’aujourd’hui. Ce n’est pas un concept politique destiné à manipuler les gens. La formule donne à voir comment la société d’aujourd’hui révèle des possibilités nouvelles pour la transformer.

Un débat s’est ouvert sur le concept de la Nouvelle-France.

Je veux affirmer ici un certain nombre de choix issus de l’analyse de la société et de son développement dans une option marxiste qui consiste à considérer que la compréhension du monde sert à le transformer.

Je veux dire trois choses et j’essaierai d’argumenter autour de ces affirmations partisanes. 

Tout d’abord la Nouvelle-France c’est la France d’aujourd’hui. Ce n’est pas un concept politique destiné à manipuler les gens. La formule donne à voir comment la société d’aujourd’hui révèle des possibilités nouvelles pour la transformer.

Ensuite, le déchaînement raciste provoqué par l’élection de nouveaux maires nécessite une riposte et des condamnations sévères par la justice. Mais il est utilisé pour diviser le peuple et le détourner du seul objectif capable de changer sa vie : la révolution citoyenne

Enfin, la Nouvelle-France a un avenir et cela fait peur à nos ennemis car son action peut déboucher sur la transformation de cette société. C’est la seule question qui compte : le système capitaliste c’est « stop ou encore » ?

Le mouvement populaire s’affirme comme un collectif de lutte et de résistance, mais aussi, depuis ces élections municipales, comme un ou des collectifs capables d’agir pour gouverner au plan national comme au plan local.

Développons…

La Nouvelle-France est une réalité objective : la France n’est plus celle d’il y a 30 ou 50 ans. Mais beaucoup dans la classe politique, essayent de présenter cette évolution comme un cauchemar dans lequel le poids de l’immigration deviendrait insupportable. En réalité, il s’agit d’un combat de classe.

Ceux qui agitent le « Grand remplacement » comme un épouvantail sont les mêmes qui sur le plan international invoquent la crise de civilisation qui opposerait la barbarie terroriste et le camp dit de « la démocratie ». Ils le font, en France, au nom d’une conception de l’identité blanche de la nation inspirée par l’extrême droite et qui serait menacée par trop d’immigration. Tout ceux-là défendent en fait le système capitaliste de plus en plus contesté.

C’est pour cela que la seule réponse à leur discours est de montrer l’émergence de ce qu’Alain Bertho, dans un article très pertinent (1), nomme « une nation-peuple portée par un dessein démocratique face aux défis du monde » . Définition qui nous sort du face à face entre blancs et immigration et porte sur le devenir du peuple.

La Nouvelle-France incarne ce choix. Elle se construit dans le choc de deux mouvements de notre société qui s’affrontent sans répit. D’une part la crise du capitalisme, au service des intérêts privés de quelques-uns qui ne cessent de s’enrichir, en aggravant les inégalités, les discriminations, la mise en concurrence des êtres humains entre eux jusqu’à la guerre et la prédation de notre planète. Et d’autre part un mouvement d’émancipation né dans la résistance quotidienne à ce système, au patriarcat, à la mise « en remorque » de la jeunesse, pour faire évoluer, notamment, le droit des femmes, celui des jeunes, celui des héritiers de l’immigration. Ensemble.

La Nouvelle-France rassemble toutes les victimes de ce système, les héritiers de l’immigration et aussi les femmes dans leur combat contre le patriarcat, les jeunes qui portent haut l’écologie radicale. Toutes et tous voient leurs vies précarisées et subissent les discriminations dans l’accès à l’emploi, dans leur salaire, dans l’avenir éducatif de leurs enfants, dans la reconnaissance de leur pratique artistique et culturelle et aussi dans leur accès à la politique et à la gestion de leur cité. Et c’est ce dernier point qui fait sans doute le plus peur aux profiteurs de ce système. 

Les élections municipales de 2026 marquent l’émergence dans le pouvoir politique de représentants de la Nouvelle-France. C’est un mouvement qui a dû se frayer un chemin au travers de la caste politique. Rassemblés dans les quartiers populaires et souvent « assignés à résidence » ils ont présenté plusieurs fois leur candidature aux responsabilités locales, mais faute d’être reconnues par les partis politiques, ces candidatures avaient un caractère individuel fondé sur la seule défense des revendications de leur quartier.

Ces populations qui ont grandi en politique sont devenues capables de mener une expertise de la vie locale et de comprendre qu’elles devaient porter un projet valable pour l’ensemble de la ville dans un dialogue inter quartiers qu’elles ont su mener. Dès lors, elles ont été reconnues par toutes et tous comme porteuses de l’intérêt général et elles ont gagné. À Saint-Denis par exemple, l’augmentation de la participation électorale s’est faite de façon égale sur toute la ville et si la liste conduite par Bally Bagayoko a recueilli plus de 70 % dans certains quartiers populaires, elle a réuni plus de 50 % dans les quartiers du centre-ville.

C’est cela le fait marquant de cette élection : l’émergence de représentants de cette Nouvelle-France, issue des quartiers populaires, et reconnue comme parlant au nom de toutes et de tous. Ces nouveaux maires ont été élus en étant conscients de la nécessité démocratique de porter un projet d’intérêt général et d’unifier le combat local et le combat national contre ce système.

Certains commentateurs du rassemblement de Saint-Denis se sont étonnés de la présence de Jean-Luc Mélenchon. Ils auraient souhaité que cette manifestation reste seulement antiraciste. Tous ceux-là refusent de considérer que le racisme est utilisé pour détourner le débat politique vers une autre voie que celle du changement de société pourtant indispensable à combattre durablement le racisme. Et cela n’empêche nullement d’exiger la condamnation de tout acte raciste et de tout encouragement au racisme notamment dans les médias. 

Et si Jean-Luc Mélenchon a participé à cet évènement c’est tout simplement parce que LFI est la seule qui s’est tournée vers les quartiers populaires, non par clientélisme ou par communautarisme comme certains l’ont déclaré, mais tout simplement pour donner la visibilité politique indispensable à ces candidat.es de la Nouvelle-France

Tous ces représentants du peuple tel qu’il est, ne se trompent pas sur leur objectif au service de l’intérêt national. Ils résistent aux injonctions à se soumettre à la « République » comme les jeunes héritiers de l’immigration résistent à l’injonction de s’intégrer et de se calmer alors qu’ils sont français et qu’ils sont juste en colère. Ils sont tous, élus ou jeunes, français et citoyens de la République. Mais la République a-t-elle répondu à leurs attentes ?

Non, et c’est pourquoi ces nouveaux édiles ont raison de privilégier leur volonté de donner un contenu positif à la devise « liberté égalité fraternité ». Seule cette devise a une portée universelle. Son respect vaut bien mieux que toutes démarches coercitives de soumission à une République sans contenu. Un premier ministre est même intervenu auprès du sélectionneur de l’équipe nationale de football pour ne pas sélectionner des joueurs qui ne chanteraient pas la marseillaise. Tous ces joueurs pourtant le feraient volontiers s’ils avaient le sentiment que tous leurs proches étaient parfaitement admis dans la communauté de leur pays.

La seule question qui reste à trancher est désormais celle de l’avenir de cette Nouvelle-France. Pour moi il s’agit d’une question pratique, au sens marxiste du mot praxis, c’est-à-dire l’ensemble des activités visant à transformer le monde. C’est un choix engagé au service de la révolution. 

Ce qu’il adviendra de la Nouvelle-France c’est elle-même qui va le construire. C’est la pratique, les pratiques, que vont développer les nouveaux acteurs de la vie politique qui vont tracer la voie. Les nouveaux maires doivent rompre avec la gestion de leurs prédécesseurs qui ne faisaient que gérer la pénurie et l’austérité. Leurs premiers propos vont à l’inverse de ces choix. Ils s’inspirent du nouveau communalisme porté par LFI dans ces élections. Ils veulent rompre avec ces pratiques anciennes et revenir à la satisfaction des besoins humains et écologiques dans un rapport de soutien et de luttes avec leurs concitoyennes et concitoyens. 

Bally Bagayoko dans une interview à  Parole d’honneur  parle de « cohérence » entre l’action locale et nationale (2), parce que nous sommes dans un moment de bascule de notre société. Le rappel du communisme municipal de « la banlieue rouge » est revenu dans le débat public. Notons que cette pratique originale a été déployée dans l’après-guerre avec un gouvernement qui transformait aussi notre société au niveau national. Comment ne pas penser à ce ministre communiste qui a mis en place la sécurité sociale prenant en compte les personnes, leur activité et leur protection tout au long de leur vie.

Ce volet national manque aujourd’hui, ou plutôt il est en perspective. La cohérence dont parle le maire de Saint-Denis définit 2027 comme un objectif où il faut gagner. Elire un président de la République qui choisira un gouvernement pour appliquer le programme sur lequel il aura été élu en rupture avec ce système. Et là encore tout reposera sur la capacité de ces nouveaux acteurs politiques et du peuple tout entier, à se mettre en mouvement pour changer cette société. 

Alain Bertho, dans le même article (1) rappelle la réflexion de Jacques Rancière selon laquelle le peuple « n’existe pas » à proprement parler, et que seules des figures antagonistes de ce peuple existent. Il reste que nous avons collectivement à faire émerger le « peuple à venir ».

N’essayons pas de définir la Nouvelle-France dans des formules et dans une réflexion figée dans le temps.

La Nouvelle-France sera ce qu’elle se fera elle-même et la révolution sera ou ne sera pas selon l’évolution concrète de ce nouveau peuple.

 

(1)  https://blogs.mediapart.fr/alain-bertho/blog/030426/saint-denis-la-tricolore-poing-leve

 (2)  https://youtu.be/jJDhKMHkQ8w?si=KSlvLErnDmzZmLIT

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