Dès la fin du dépouillement des suffrages municipaux, une agitation fébrile, parfois proche de l'affolement, s'est emparée des paniers de crabes qui tiennent lieu de direction pour les vieux partis de la droite et les écuries fatiguées du réformisme.
On n'en finirait pas de relever le poivre et le sel médiatiques de cette agitation... Concentrons-nous donc sur l'essentiel.
Ce deuxième tour ouvre la séquence majeure de l'élection présidentielle dont les résultats façonneront pour de bon et dans la durée, l'avenir des français et de leur patrie commune.
Stop ou encore ?
Rupture ou déconfiture aggravée ?
Les commentateurs de l'officialité médiatique ont commencé à admettre, sous l'empire des faits, tout en s'évertuant encore à les tordre, que le relief le plus émergent du scrutin local est constitué par les résultats et les victoires à caractère sismique du jeune et singulier mouvement de la France Insoumise, jusqu'à présent pratiquement absent, et pour cause, des scrutins municipaux.
Saint-Denis dès le premier tour, Roubaix, Vaulx-en-Velin, Vénissieux, La Courneuve, Creil, Sarcelles, Tampon... luisent désormais dans le champ institutionnel et politique, comme autant de balises vers des temps démocratiques nouveaux dans l'univers désespérant et désespéré d'une société malade de l'univers impitoyable de l'argent-roi à tout prix, contre les intérêts communs des êtres humains et de la nature.
Le sens et la portée de ces percées sont à apprécier à l'aune des pires campagnes d'insultes, de mensonges, de calomnies que notre pays a connues contre un mouvement politique depuis la collaboration pétainiste de l'extrême-droite avec l'Allemagne nazie.
Tous pourtant s'y sont mis, de la vieille droite au RN trumpiste, des macronistes en perdition au parti socialiste fourbu et récent co-auteur avec le gouvernement Lecornu et Emmanuel Macron, du pire budget anti-social et anti-services publics de la cinquième République !
Mais l'ensemble de ces coalisés du surplace et des retours en arrière, toute la soldatesque du désordre bourgeois et néo-libéral, n'ont pas compris une évidence pourtant aveuglante : ce sont les citoyens qui votent et non seuls les emfumeurs des plateaux et des états-majors pour qui le peuple n'est qu'un ramassis de « riens » sans intelligence, que l'on pourrait impunément tromper et manipuler à sa guise.
Au point que l'on ne peut interpréter les résultats des insoumis qu'en termes de rejet et de condamnation du bashing anti-LFI. Il a été compris, au travers de ces premières percées locales à retentissement national pour ce qu'il est : une grossière mais puissante et durable tentative de dresser barrage à la satisfaction des exigences populaires de justice sociale, d'égalité, de respect, de démocratie citoyenne, de solidarité et de paix, auxquelles le programme de LFI et les actes et propositions de ses parlementaires, apportent réponses claires et cohérentes.
Les tempêtes dans les paniers de crabes en sont l'une des conséquences.
La guerre de succession à Macron est d'autant plus virulente que se confirme l'existence et la crédibilité d'une « dynamique Mélenchon » contre les forces du passé en quête d'un improbable second souffle. Tous les observateurs et analystes sérieux sont conduits à l'admettre : le candidat insoumis est en mesure d'accéder au second tour de la présidentielle face à celui (ou celle) du RN, dont les résultats aux municipales restent importants, mais ne traduisent pas une irrésistible envolée, dans un pays où l'antiracisme et l'antifascisme demeurent des acquis réactifs et rassembleurs. Les victoires insoumises en portent témoignage.
Coté directions socialistes et droites, l'heure est à la foire d'empoigne pour la préfiguration des candidatures pour 2027. Ils ne pensent plus qu'à leurs boutiques respectives, offrant aux publics médusés et écœurés le piteux spectacle des tambouilles en tout genre et en érigeant les crimes politique internes en sport olympique.
Déjà minée par leurs trahisons de la Nupes et du NFP, le potentiel de confiance en la parole des dirigeants socialistes a irrémédiablement « l'épaisseur d'un sandwich SNCF ».
Construite sur leur opposition à toute alliance aux deux tour des municipales avec les insoumis, leur campagne s'est soldée par l'obligation mathématique de s'accoler dans l'ultime ligne droite à la dynamique rencontrée par les listes LFI, comme à Nantes où la numéro deux du PS a été contrainte de manger son chapeau de la division pour sauver son siège, en dépit de son propre affaiblissement au premier tour.
Quelques heures après seulement, Faure a eu le toupet dépité de qualifier Mélenchon de « boulet pour la gauche », lui qui, avec les militants et leurs électeurs venaient pourtant, face à la droite et l'extrême-droite, de leur apporter des ballons d'oxygène, en Loire atlantique, à Grenoble ou à Briançon.
La vérité implacable des chiffres bruts montre que ces municipales ont traduit une régression de l'influence électorale du PS dans un nombre important de villes, dont ont su profiter la droite et ses extrêmes.
Le Limousin offre à cet égard de probantes illustrations.
A Tulle, souvent présentée comme « le fief de Hollande », le maire hollandiste sortant a été sèchement éliminé par le président de droite de la Chambre des métiers arrivé très largement en tête au premier tour, alors qu'au deuxième tour, la liste d'alliance PCF-LFI l'avait fait bénéficier d'un impeccable report de voix.
A Limoges, le PS et son refus d'alliance avec la liste du député Insoumis Damien Maudet et de sa liste LFI-EELVV (25%), mais contraint par les urnes de la rejoindre au deuxième tour, a subi un vrai effondrement avec un score aux alentours de 13 à 14%, si l'on prend en compte les 3 ou 4 % de l'apport du PCF qui avait pactisé avec lui !
Une vraie bérézina sous l'influence directe de François Hollande qui cultive ainsi les fruits empoisonnés en abandonnant à la rue bon nombre d'adhérents et d'électeurs socialistes restés attachés à leur propre conception des « valeurs de gauche ». Les reniements et trahisons de l'ex de l'Élysée en quête d'une candidature personnelle au centre gauche et droite, de mortifères sont devenus grotesques.
Cette esquisse globale du contexte actuel ne peut conduire cependant à considérer que la campagne des élections présidentielles est appelée à se dérouler pour LFI sur le seul champ étriqué et truqué des confrontations entre formations politiques.
Certes, le combat passera aussi par cette voie, d'autant que combines, magouilles et tractations entre appareils politiques continueront à influer sur les réactions et comportements d'une large part de l'électorat : convergences directes ou tacites entre droite « traditionnelle »et extrême-droite, entre socio-démocrates et ex-macronistes... Mais la responsabilité des insoumis et leur programme de rupture se situe d'ores et déjà sur un terrain et des enjeux infiniment plus vastes et démocratiquement féconds.
Par exemple, évoquer désormais la reconstruction de l'ancienne union de la gauche n’a plus de sens, au regard des destinées imposées par le PS à la Nupes et au NFP : les forces qui ont tout lâché et trahi leurs engagements, sont prêtes à rééditer leurs tristes exploits dès demain, outre le fait majeur qu'elles font de LFI, comme le font les droites, leur cible principale contre le changement !
L'objectif des insoumis est au contraire de rassembler le peuple dans sa pluralité autour de solutions alternatives communes au plus grand nombre. Rassemblé en toute conscience contre les gestions et les offres du néo-libéralisme, pour en sortir et changer la vie du grand nombre, ce peuple deviendra invincible, pour peu que lui soient accordés le droit et les moyens de s'occuper directement de ses affaires, du plus petit village à la plus grande ville.
C'est en ce sens que l'élection à Saint-Denis, dès le premier tour, de l'insoumis communiste Bally Bagayoko et de sa liste incluant le PCF local, est une référence et un exemple de grande portée.
De ces unions populaires pourront se constituer des articulations de partis, de groupes militants, d’associations ouvertes et participatives.
En 2027, tout peut changer pour le peuple français et la construction partagée de son avenir.
Le secret de cette perspective à portée d'urnes, réside dans la diminution massive de l'abstention.
Si le « peuple populaire » vote et se mobilise autant que le bloc bourgeois, il a gagné !