Dans la brochure : “Contribution des Insoumis Communistes à la victoire populaire”, j’explique que la jeunesse est le moteur de la révolution citoyenne qui nous permettra d’accéder à une société nouvelle. Ce que je vais dire ici s’inscrit dans cette continuité : si notre génération est au cœur de la mobilisation politique, on le voit encore avec les mobilisations lycéennes qui ont lieu dans tout le pays avec une répression des plus violente qui soit, elle peut également jouer un rôle dans la reconstruction d’une confiance politique qui s’est progressivement fracturée dans une partie de la population.
Nous sommes une génération qui a grandi avec les crises. Difficultés d’accès au logement et aux études, précarisation du travail, crise climatique, retour de la guerre, montée des discriminations, hausse du coût de la vie et sentiment d’impuissance face aux institutions et aux répressions policières. Notre entrée dans la vie active se fait dans un contexte profondément différent de celui qu’ont connu les générations précédentes.
Et nous sommes nombreux à ne plus vouloir attendre que les problèmes se règlent plus tard. Nous voulons agir maintenant et prendre part aux décisions qui déterminent notre avenir. Avoir enfin le pouvoir pour changer la société et mener une révolution.
Notre mobilisation politique est déjà visible. Elle se retrouve dans les groupes d’action, les manifestations, les associations, les collectifs, les lycées et les universités, les mobilisations écologistes, féministes ou antiracistes, car nous faisons campagne en permanence.
En 2022, Jean-Luc Mélenchon était arrivé en tête chez les moins de 35 ans au premier tour, avec plus de 30 % des suffrages. Aujourd’hui, avec le dernier sondage Cluster17, Mélenchon atteint 47% d’intentions de vote chez les 18-34 ans.
La jeunesse est donc déjà fortement politisé et acquise aux causes de transformation sociale de l’Avenir en Commun. Mais cette mobilisation ne doit pas rester enfermée dans la jeunesse, et nous l’avons bien compris.
C’est ici qu’intervient la socialisation inversée.
La socialisation politique désigne le processus par lequel nous acquérons nos représentations et nos aspirations politiques. Traditionnellement, la famille constitue l'un des principaux espaces de cette transmission. Les parents transmettent une partie de leurs valeurs politiques à leurs enfants.
Mais depuis quelque temps ce mécanisme fonctionne de plus en plus dans l’autre sens. Les enfants et petits-enfants influencent leurs parents et grands-parents.
Quand on milite, qu’on acquiert des convictions, quand on participe à une manifestation, ou qu’on rejoint une campagne, on ne garde pas cette expérience pour nous. On en parle autour de nous. On en discute avec nos parents, nos grands-parents, nos frères et sœurs, nos oncles et tantes.
C’est ce que le politiste Vincent Tiberj désigne par le phénomène de socialisation inversée. Les générations les plus jeunes peuvent à leur tour contribuer à faire évoluer les représentations politiques des générations précédentes.
Cette idée est particulièrement importante dans une période où une partie de la population s’est éloignée de la politique. Pour certains, les élections se succèdent sans que le quotidien ne change, les institutions paraissent lointaines et les responsables politiques ne suscitent plus la confiance. Après tant d’années à subir les politiques libérales de la « gauche » social-démocrate et de la droite, le peuple a subi et perd toute confiance et intérêt dans la politique et dans les politiques. Et c’est exactement ce que souhaite les capitalistes car si le peuple ne défend plus ses intérêts de classe alors ce sont bien les intérêts capitalistes qui gagnent.
La jeunesse peut alors devenir un intermédiaire.
Nous devons expliquer ce qui nous pousse à nous engager. Ce que nous vivons, ce que nous refusons et ce que nous voulons construire.
C’est pourquoi la jeunesse déjà mobilisée doit aussi s’adresser à celles et ceux qui ne partagent pas encore ses aspirations, notamment dans les générations plus âgées. Non pas en considérant leur vote comme acquis ou irrécupérable, mais en discutant avec eux de leurs propres préoccupations : le pouvoir d’achat, les services publics, la retraite, le logement, la santé ou encore l’écologie.
Il y a une réalité que nous devons faire comprendre à nos parents et à nos grands-parents : les perspectives qui existaient pour eux ne sont plus celles que nous connaissons aujourd’hui. Autrefois, obtenir le bac ou un diplôme pouvait ouvrir les portes de l’emploi et permettre de construire son avenir. Aujourd’hui, faire de longues études ne garantit plus de trouver un emploi stable, de vivre dignement de son travail ou même de pouvoir se loger. Notre génération fait des efforts, étudie, travaille, mais se retrouve malgré tout confrontée à la précarité et à l’incertitude. Alors, combien de temps encore devrons-nous attendre que les choses changent ?
Nos familles peuvent nous soutenir, nous encourager et nous aider, mais cela ne suffira pas. Ce n’est pas à chaque famille de compenser individuellement les défaillances d’une société qui ne permet plus à sa jeunesse de construire sereinement son avenir. C’est à l’État d’agir et à la politique de répondre à ces difficultés. Nous devons faire comprendre à nos proches que les jeunes ne demandent pas simplement à être écoutés ou rassurés. Nous voulons pouvoir vivre dignement. Cela suppose de transformer profondément la société, de garantir l’accès aux études, à l’emploi, au logement et aux conquis sociaux. Nous avons besoin du soutien de nos parents, mais aussi qu’ils comprennent que leur soutien doit dépasser le cadre familial. Il est temps de faire des choix politiques à la hauteur de nos difficultés et de construire ensemble un autre avenir, celui que porte l’Avenir en commun.
La socialisation inversée devient alors une forme de militantisme du quotidien : faire de chaque discussion une occasion politique de réintroduire la politique là où elle avait disparu.
L’exemple de la constitutionnalisation de l’IVG permet d’illustrer cette dynamique, Des sénateurs qui s’apprêtaient à ne pas voter pour la constitutionnalisation de l’IVG ont été interpellés par leurs filles, petites-filles et nièces, en les menaçant de ne plus leur parler ou de ne plus venir au repas de famille si ils ne votaient pas pour ce texte, car on parlait ici de leurs droits à disposer de leur corps. Et les sénateurs ont fini par voter pour.
Et oui malheureusement… Nous connaissons tous, dans nos familles, ce grand-père, cette grand-mère, cet oncle ou cette tante qui nous assène : “Vous ne voulez plus travailler !”, “Vous les jeunes, vous ne connaissez rien à la vie !”. Ces discours, nous les avons entendus, parfois à répétition, au point de comprendre que, pour certains, l’âge suffirait à détenir la vérité. Comme si la jeunesse n’avait rien à apprendre au monde, mais n’avait pas non plus le droit de lui apprendre quoi que ce soit. Ce mépris est parfois d’autant plus douloureux qu’il vient de nos proches, de personnes dont nous aimerions que le regard sur nous soit fait de respect et d’écoute plutôt que de leçons de morale.
Mais ce mépris ne doit jamais devenir un frein à notre mobilisation. Nous ne devons pas renoncer à faire entendre nos idées parce que certains refusent de nous écouter. Car si certains de nos aînés restent enfermés dans leurs certitudes, d’autres sont prêts à entendre nos arguments, à comprendre ce qui nous révolte et à partager nos aspirations. Il y a aussi ces parents, ces grands-parents, ces oncles et ces tantes qui nous écoutent, nous prennent au sérieux et peuvent parfois cheminer avec nous.
C’est pourquoi nous ne devons jamais confondre le refus de quelques-uns avec l’impossibilité de convaincre les autres. Notre rôle n’est pas de nous épuiser à vouloir convaincre ceux qui refusent toute discussion, mais de ne jamais renoncer à celles et ceux qui peuvent encore nous entendre. La socialisation inversée suppose précisément cela : accepter que nous aussi, jeunes, avons quelque chose à transmettre, et que nos idées méritent d’être entendues, quel que soit notre âge.
La révolution citoyenne répond aux aspirations de la jeunesse mais elle permettra également de répondre aux aspirations du peuple français qui a perdu confiance, trahi par la gauche social-démocrate et par le libéralisme économique qui détruit nos vies. La jeunesse doit contribuer à rendre possible la révolution citoyenne en faisant circuler dans toute la société une conviction essentielle : la politique n’est pas seulement ce que les institutions font de nous. C’est aussi ce que nous pouvons décider collectivement de faire de notre avenir.