L’attitude de la France à l’égard de la Chine est un aspect important du volet international des futures élections présidentielles. Entre diabolisation et mépris, nos adversaires essaient de nous faire croire qu’il est impossible d’éviter un conflit avec la Chine et, comble de l’ironie, que c’est elle-même qui refuse le dialogue. Mais la France a une expertise technique qui lui permet dans de nombreux domaines d’être un partenaire pertinent. C’est le cas pour l’espace. La relance de la course à la Lune entre les États-Unis et la Chine interroge sur les intérêts autour de ces missions spatiales. Il serait intéressant de faire le point sur ces questions essentielles, tant sur le plan scientifique que sur le plan géopolitique.
Ces deux pays ont d’ores et déjà annoncé un calendrier pour réussir à accomplir ce que seuls les Etats Unis on été capable de faire, un alunissage¹ avec équipage. À l'époque, l'Union Soviétique avait une certaine avance sur le programme américain. Ils ont eu de grandes difficultés à tenir la cadence et suite à la mort de Sergueï Korolev le programme spatial Soviétique a dû réduire ses objectifs et laisser la NASA² réussir seule l’exploit d’alunir avec un équipage.
Dès la création de la NASA, il y avait des sous-traitants et des intermédiaires pour la construction des fusées et des modules spatiaux (en réseaux de plus de 20 000 entreprises dès sa création). La course à la Lune avait donc un double objectif : évidemment battre les Soviétiques, mais surtout relancer l'économie américaine. Remarquez qu'à chaque fois que la guerre ne suffit plus à faire tourner la machine capitaliste nord-américaine, ils trouvent toujours une méthode pour relancer les forces productives par d'autres moyens que la guerre conventionnelle. Dans les années 30’, c'est le New Deal qui a été lancé par Roosevelt, ce qui a permis de développer le pays à coup de milliers de milliards de dollars actuels, en construisant des infrastructures autoroutières, portuaires, ferroviaires, des usines et en refaisant les réseaux essentiels au développement du pays. Après la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée et près de 10 ans à s'embourber au Vietnam : Kennedy en voyant la crise advenir lance la course à la Lune (1962). Celle-ci aura permis de donner un objectif au pays. Avec la même logique que le New Deal : construire des infrastructures qui permettront de remettre tout le monde au travail et de faire profiter les industriels liés de près ou de loin au spatial (en particulier les industriels de l’armement).
Et le système Chinois ?
Une particularité du programme spatial chinois réside dans son organisation institutionnelle. Pendant des années, la Chine a développé deux structures évoluant simultanément, chacune spécialisée dans un domaine bien précis. D'un côté, les missions d'exploration sans humain (robotique), par exemple, le programme lunaire Chang'e, ainsi que les autres missions spatiales non habitées, étant coordonnées par la Société de sciences et technologies aérospatiales de Chine (CASC). Cette société d’État est à l'origine de nombreuses réussites technologiques et scientifiques, les fusées “Longue Marche”, des sondes d'exploration ou encore des missions vers la Lune et Mars.
Les vols habités sont assurés par l'Agence chinoise des vols spatiaux habités (CMSA). Celle-ci pilote notamment le développement et l'exploitation de la station spatiale Tiangong. Elle est sans doute le symbole de la capacité de la Chine à mener des missions de longue durée en orbite et à disposer d'une infrastructure spatiale autonome des autres pays, à l’image du programme soviétique Mir. Cette répartition des tâches a permis à chaque organisation de développer une expertise de haut niveau dans son domaine en favorisant une montée en puissance des compétences industrielles, scientifiques et opérationnelles.
Grâce à cette stratégie qui mise plus sur des opérateurs publics ou privés étroitement contrôlés par l'État, la Chine est devenue en quelques décennies la principale puissance spatiale, capable de rivaliser avec les Etats-Unis et ses alliés occidentaux.
Aujourd'hui, avec l'objectif d'envoyer des Taïkonautes (astronautes chinois) sur la Lune avant la fin de la décennie, la Chine cherche à renforcer la coordination entre la CASC et la CMSA. Cette coopération vise à mutualiser les moyens, éviter les doublons technologiques, accélérer le développement des systèmes et optimiser le calendrier de lancement. Cette nouvelle approche montre la volonté de la Chine à mobiliser l'ensemble de son industrie spatiale autour d'un objectif majeur : établir une présence durable sur la Lune afin d’y mener des missions encore jamais accomplies par l'humanité. En effet le record de présence lunaire est de moins de 3 jours, rester plus longtemps permettra de mener des expériences scientifiques sur le temps long.
Contrairement aux USA qui préfèrent se fier et enrichir le secteur privé lucratif pour envoyer leurs vaisseaux sur la Lune (comme SpaceX d’Elon Musk, Blue Origin de Jeff Bezos ou d’autres) mais cela pose des questions sur la fiabilité ainsi que la tenue du calendrier. La Nasa a annoncé le retour sur la Lune en 2028 cependant SpaceX n’a pas encore trouvé le moyen de faire le transfert d’ergol³ en orbite (étape jamais accomplie aujourd’hui nécessaire pour envoyer le vaisseau Starship sur la Lune). Blue Origin a fait exploser son pas de tir en mai 2026 et qui rendra impossible la suite des opérations pendant plus de 6 mois.
Dans un contexte de recomposition des rapports de forces mondiaux, la France aurait intérêt à s'affranchir de l'hégémonie pourrissante Étasunienne et à adopter, comme l’a rappelé Jean-Luc Mélenchon récemment, la politique de non-alignement que nous souhaitons permet de dialoguer et de coopérer avec plein de pays. Nous n’avons pas de leçons à donner aux Chinois, par contre nous pouvons développer une coopération mutuellement avantageuse avec eux. La garantie de la non-militarisation de l’espace doit aussi être au centre des discussions, la paix et l'intérêt général mondial en dépendent.
Également, l’idée dans le programme de la France Insoumise des universités de la francophonie permettra de rapprocher les pays utilisant la langue commune, ce qui représente des centaines de millions de personnes (dont 65 % vivent sur le continent africain). Des pays qui peuvent rechercher une coopération permettant ainsi de développer ce secteur à haut niveau technologique et scientifique. Elles offriraient un nouveau cadre de coopération permettant de développer les domaines stratégiques tels que : les satellites, les télécommunications, l'observation de la Terre, la météorologie, la gestion des ressources naturelles ou encore pour une planification écologique à une échelle plus globale. Ces universités pourraient participer à l'émergence d'une communauté scientifique solidaire, le développement collectif plutôt que sur la recherche exclusive de la rentabilité. Devenir un vecteur d'émancipation scientifique et technologique, au service des peuples et de leur souveraineté.
Avec la France insoumise, l’espace sera un lieu libéré de la logique d’un marché vorace. Prôner et organiser la paix là-haut nous permettra d’en faire notre horizon commun.
« En regardant la terre de loin, vous réalisez qu’elle est trop petite pour qu’il y ait un conflit et juste assez grande pour une coopération. »
Youri Gagarine. Cosmonaute Soviétique, après son vol dans l’espace en 1961.
¹ Le fait d'atterrir en douceur sur la Lune.
² L’agence gouvernementale étasunienne créée pour coordonner les opérations spatiales.
³ Carburant pour les fusées qui ont la particularité d’être cryogéniques allant de -250 C° pour l'hydrogène à -160C° pour le méthane. Et le transfert d’ergol en orbite est très complexe car il est en apesanteur et donc impossible à pomper pour le déplacer d’un réservoir à un autre.